Aïe!

J’ai les doigts « rackés ». Il y a fort longtemps que je ne suis pas venue ici. Je ne suis pas sure de me souvenir comment faire. Pourtant, l’endroit me manque et je vous lis tous et toutes encore. Tous les 2 jours, mon Bloglines me sert des tranches de vos vies.Si je vous faisais un rapport détaillé des derniers mois de ma vie, personne ne rirait à s’en fendre l’âme. Ça a été difficile, plate, triste, noir. Personnellement, professionnellement, socialement. Au passage, j’ai surement écorché des amis et de la famille et j’en suis désolée. Il arrive que notre seul moyen de faire face à ce qui arrive, c’est en défonçant des murs. Après la tempête, le soleil revient. L’éclaircie tarde à venir. Je suis en phase de reconstruction.

Le 5 décembre dernier, j’ai eu à prendre une décision professionnelle difficile. Je crois que j’ai fait le bon choix. Pour moi. Peu importe le domaine, je crois qu’il est important de se sentir bien ET compétent dans son travail. Je suis enseignante. Plus que jamais, j’avais besoin de me sentir à MA place. L’accueil qu’on m’a réservé dans ma nouvelle école a été plutôt décevant. Je ne m’attendais pas à ce qu’on me déroule le tapis rouge. Dans un environnement où les collègues se guettent, mémèrent entre eux, livrent des guerres de pouvoir contre la direction, épient tes moindres faits et gestes, ce n’est pas facile de s’épanouir.

Le 8 décembre, on a fêté les 90 ans de mon Papi. Cet homme si généreux, si drôle et cultivé qui m’a élevé une partie de ma vie; de 0 à 9 ans. (Mes parents travaillaient. En 1980, les congés maternité étaient de 3 mois environ). Mon « 2e papa »… Il s’est éteint le 11 décembre. Trois jours après sa fête. Mon ange aux yeux bleus rieurs s’est envolé. Il était fatigué. Depuis août, il avait été hospitalisé 5 fois et toujours pour la même chose: œdème pulmonaire. En d’autres mots, il avait de l’eau sur les poumons. Les derniers temps ont été difficiles. Il ne se levait plus seul pour aller aux toilettes, il a eu besoin d’une chaise d’aisance puis, il ne se levait plus du tout. Il mangeait très peu, buvait très peu. Ses poumons étaient secs. Pour un homme qui a travaillé toute sa vie, qui a fait la guerre de 39-45, qui a bâti sa maison à la sueur de son front, qui a élevé ses enfants et ceux des autres (nous), qui a tondu son gazon jusqu’à l’âge de 87 ans, c’était difficile pour son orgueil de se rendre compte qu’il était maintenant « trop fatigué »… même pour survenir à ses besoins primaires. Quelques jours avant sa mort, la médication qui le tenait en vie a été coupée de moitié. La famille, d’un commun accord, a décidé de lui donner des petites doses de morphine. Ils voulaient absolument éviter une détresse respiratoire et surtout, l’empêcher de souffrir.

Il a été très lucide jusqu’à la veille de sa mort. Il se souvenait de nos noms. Il a même pris des nouvelles de mon ancien copain! Il racontait des histoires et fidèle à son habitude, il exagérait les faits pour nous faire rire. Je l’ai remercié pour toutes les belles valeurs qu’il m’a inculquées: générosité, partage, ardeur et souci du travail bien fait, amour, pardon… La liste est longue. Je lui ai dit que je l’aimais beaucoup. Il sera toujours avec moi, dans ma tête, dans mon coeur. Il est là. Je le sais. À tous les matins, je lui dis bonjour. Dans sa tombe, on avait mis des objets qui nous rappellait des bons moments avec lui. Mon cousin a mis un jeu de cartes, l’autre a mis des vis et des boulons que mon grand-père avait ramassés, un jour, lors d’une de ses nombreuses marches. Quant à moi, j’ai déposé dans sa tombe une photo de ma première journée à l’école. Cette journée-là, je m’en souviens (vaguement), c’est Papi qui m’avait aidé à mettre mes bottes et mon manteau avant que l’autobus arrive. La seule fois qu’il l’a fait. Aujourd’hui, quand je pense à lui, je ne peux m’empêcher de fredonner cette chanson de James Blunt: « As strong as you were, tender you go. I’m watching you breathing for the last time. A song for your heart but when it is quiet. I know what it means and I’ll carry you home. »

2 Bla-Bla

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